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Quand une pierre raconte l'histoire

Quand une pierre raconte l'histoire 
L'exposition " Mesha et la Bible : quand une pierre raconte l'histoire ", tenue au Collège de France en septembre 2018, commémore les 150 ans de la découverte de cette stèle, inscription d'une importance capitale pour la compréhension du monde de la Bible. C'est aussi l'occasion pour le professeur Römer de partager ses hypothèses sur l'invention du nom de Dieu.
L'exposition retrace l'histoire de la découverte de la stèle à une époque où les conflits géopolitiques entre les puissances occidentales se répercutent sur l'archéologie. Elle présente le magnifique travail de reconstitution et de transcription auquel s'est livré Charles Clermont-Ganneau. Cette entreprise orientera toute sa carrière et amènera son élection au Collège de France.
En 1868 un missionnaire alsacien, F. Klein découvre une inscription ancienne à Dhinân, antique Dibôn, capitale du royaume de Moab. Un estampage des caractères est réalisé grâce à la sagacité de Clermont-Ganneau, avant que la pierre ne soit brisée par les Bédouins. Avec ses trente-quatre lignes, c’est « la découverte la plus importante qui ait jamais été faite dans le champ de l’épigraphie orientale », selon Ernest Renan.
 
Le récit que donne la Bible du règne de Mesha est confronté à celui de la stèle, faisant ressortir l'orientation idéologique des deux textes. Le texte ne suit pas un ordre chronologique. Glorification du roi et des actions de son règne, il présente la version du roi Mesha de sa révolte contre Israël (2 Rois 1:1; 3:4-5). On lit entre autres : « Moi je suis Mesha, roi de Moab, le Dibonite. J’ai fait ce haut lieu pour Kamosh, car il m’a fait triompher sur tous mes adversaires. Omri était roi d’Israël et il opprima Moab durant de nombreux jours. De là je pris les vases (?) de Yahvé et je les traînai devant Kamosh ».
Cette stèle de victoire du roi Mesha sur Israël nous livre un des plus importants témoignages directs sur le monde de la Bible. La mention écrite d’Israël est la plus ancienne occurrence connue. Sont mentionnés également de nombreux lieux bibliques confirmant ainsi leur authenticité. Citons Ataroth et Nebo (Nombres 32:34,38), Dibôn (Josué 13:9), Beth-Diblathaïm (Jérémie 48:22,24). Les Moabites, descendants de Lot, neveu d’Abraham, étaient apparentés aux Israélites, ce qui explique ici la similitude de la langue des deux peuples.
Le nom divin apparaît ici en caractères anciens, sous la forme de quatre lettres ou Tétragramme, vers l’extrémité droite de la 18ème ligne. Ce nom personnel de Dieu se rencontre pour la première fois en Genèse 2:4. Il apparaît près de 7 000 fois dans le texte hébreu.
Pour Thomas Römer, Yahvé est comparable à Kamosh, la divinité tutélaire du royaume de Moab. Il formule l'hypothèse, développée dans le livre L'invention de Dieu, parue au Seuil en 2014, que " Yhwh ait eut, en Juda et sans doute aussi en Israël, une déesse qui lui ait été associée " (p.213). Tout en faisant remarquer que " les textes bibliques ne font pas de lien direct entre Ashéra et Yhwh " (p.216). On peut s'interroger cette méthode de recherche pour laquelle " il est exclu de considérer les récits bibliques comme des sources objectives; même s'ils en recèlent des données qu'il est en partie possible à l'historien d'exploiter à condition d'en entreprendre une lecture critique afin des les extraire de leur gangue mythique et idéologique. " (p.14)

Le lecteur de la Bible ne sera pas surpris. Déjà au premier siècle, l'apôtre Paul louait la foi des Thessaloniciens qui considéraient le texte saint, " non comme la parole des hommes, mais comme ce qu'elle est réellement : la parole de Dieu, qui agit bel et bien en vous, les croyants. " - 1 Thessaloniciens 2:13